Bashing China ne mènera l’Europe nulle part

Le directeur général de BASF, Martin Brudermüller, s’en est pris à la Chine la semaine dernière en ripostant aux critiques des plans d’expansion du groupe dans le pays, ainsi qu’à la lenteur des coupes européennes.

Au lieu de s’inquiéter de l’investissement de 10 milliards de dollars du géant de la chimie en Chine, l’Europe ferait mieux d’examiner ses propres “déficits et faiblesses”.

Brudermüller, qui dirige cette semaine une délégation commerciale en Chine avec le chancelier allemand Olaf Scholz, n’a pas tort. Les entreprises industrielles européennes sont confrontées à de jolis vents contraires, notamment des prix de l’énergie anormalement élevés qui ont forcé la fermeture de sites de production industrielle à forte intensité énergétique après l’agression de la Russie en Ukraine.

Il y a aussi les coûts croissants des ambitions vertes de l’Europe, le réseau réglementaire environnemental et le projet inachevé du marché unique. Tout cela peut rendre la vie difficile face à la concurrence de pays disposant de ressources énergétiques abondantes et moins chères, de réglementations plus souples ou d’un soutien gouvernemental plus cohérent et généreux aux entreprises.

Mais la décision de BASF de construire une usine chimique intégrée de pointe en Chine pour concurrencer son usine unique de Ludwigshafen en Allemagne ne peut pas simplement compenser un manque de croissance ou de compétitivité en Europe.

Conçue pour fonctionner entièrement aux énergies renouvelables, la centrale est le dernier signe que la Chine, autrefois contente d’être l’usine du monde, devient rapidement l’innovateur mondial avec l’aide des plus grandes entreprises européennes.

L’ancien accord commercial qui permettait aux entreprises européennes d’accéder au vaste marché chinois tout en conservant le contrôle des technologies les plus innovantes est en train de changer, et les conséquences à long terme pourraient être graves pour la base industrielle européenne.

Il suffit de prendre l’exemple des constructeurs automobiles allemands. Mercedes-Benz, Volkswagen et BMW y ont considérablement augmenté leurs investissements en recherche et développement, malgré la montée des tensions mondiales concernant les revendications de Pékin sur Taïwan et les risques que cela pose pour les opérations en Chine, selon une étude du groupe de réflexion Merics.

Les investissements ont été stimulés par le soutien de la Chine au développement des véhicules électriques. Aujourd’hui, 55 % de toutes les voitures électriques sont vendues en Chine, et si les constructeurs automobiles allemands veulent rester compétitifs à l’échelle mondiale, ils doivent puiser non seulement dans les consommateurs du pays, mais aussi dans l’expertise technologique qui y est développée.

Au cours de la décennie 2007 à 2017, Mercedes-Benz, Volkswagen et BMW ont établi un total de cinq centres de R&D en Chine. Mais depuis 2018, ils en ont ouvert 11 en quatre ans.

« La Chine n’est pas seulement un marché de vente pour les constructeurs automobiles allemands ; il est devenu le premier marché mondial des véhicules électriques, et cela pourrait jouer un rôle clé dans leur compétitivité mondiale », déclare Gregor Sebastian de Merics, auteur du rapport.

En cours de route, les constructeurs automobiles allemands ont intégré des fournisseurs chinois dans leurs chaînes d’approvisionnement mondiales, recherché des sociétés technologiques chinoises pour des partenariats logiciels et commencé à développer de nouveaux modèles à exporter du pays vers le marché mondial. Le résultat a été la création de nouveaux acteurs qui ne se limitent plus à vendre uniquement en Chine, mais sont prêts à être compétitifs à l’échelle mondiale, avec des conséquences pour les chaînes d’approvisionnement couvrant toute l’Europe.

Les décisions d’innover sur le marché en croissance de la Chine ne sont pas infaillibles. Pour des entreprises comme BASF, il peut même y avoir peu d’alternative. En proie à des coûts énergétiques élevés, l’Europe a vu sa part du marché mondial des produits chimiques chuter d’environ un cinquième au cours de la dernière décennie à 14,4 %, et devrait chuter à un peu plus de 10 % d’ici 2030. Pour la première fois cette année, l’Europe est un importateur net de produits chimiques en valeur et en volume, ce qui indique que même sa force traditionnelle dans le segment des spécialités s’érode.

Pendant ce temps, la Chine représentera près de 50% des ventes mondiales de produits chimiques d’ici 2030. Si BASF n’est pas là pour profiter de cette croissance, quelqu’un d’autre le fera.

Mais alors que BASF a doublé sur la Chine, il a défié les politiciens européens. L’attention de Bruxelles est insuffisante pour relancer plusieurs secteurs stratégiques jugés critiques pour l’autonomie industrielle de l’Europe. L’Europe doit de toute urgence supprimer les obstacles plus larges à la compétitivité.

Brudermüller a raison. Battre la Chine n’arrêtera pas l’inévitable. L’accent doit désormais être mis sur la création des conditions qui permettront aux entreprises européennes de surpasser les concurrents qu’elles ont contribué à créer.

peggy.hollinger@ft.com

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